Déclaration de principes du FAS

Il ne suffit plus de se dire anticapitaliste, antiraciste, antisexiste ou anticolonialiste : la lutte révolutionnaire doit avoir un projet.

Nous sommes révolutionnaires.

Devant les dangers d’une crise écologique de plus en plus inévitable, devant l’impitoyabilité des mesures d’austérité en Amérique du Nord et en Europe, devant la généralisation de la misère et de l’exploitation en Asie, en Afrique et en Amérique latine, devant l’atrocité des guerres impérialistes au Moyen-Orient, devant la perversion systématique de la démocratie et le recul des droits de la personne partout autour du globe, devant les attaques renouvelées contre le droit à l’avortement, devant un système de justice qui criminalise la misère et qui blanchit l’avarice, devant tant d’injustices, nous ne croyons plus que ce système est réformable. Les promesses sociales-démocrates ne sont pas parvenues à modifier cette trajectoire : seul un changement en profondeur peut le faire. C’est pourquoi nous croyons nécessaire de bâtir un mouvement révolutionnaire visant à renverser l’ordre capitaliste, patriarcal, raciste, colonial et impérialiste.

Nous sommes socialistes.

Il ne suffit plus de se dire anticapitaliste, antiraciste, antisexiste ou anticolonialiste : la lutte révolutionnaire doit avoir un projet. Il faut donner un sens à la lutte. Nous souhaitons mettre de l’avant un projet collectif émancipateur : le socialisme. Pour nous, le socialisme n’est pas simplement une doctrine économique, c’est un projet social qui vise à mettre fin à l’exploitation des travailleuses et des travailleurs, à l’oppression des femmes et aux discriminations raciales.

C’est un projet social fondé sur les principes de démocratie, d’égalité et de liberté. Nous ne parlons pas ici d’une démocratie de façade à la solde des riches, mais plutôt d’une démocratie où l’économie sera socialisée et contrôlée par la population. Nous ne parlons pas d’une égalité qui se limite au principe de parité ou d’égalité « des chances », mais plutôt d’une égalité où chaque personne aura réellement son mot à dire et pourra le faire sans avoir à s’excuser d’être une minorité. Nous ne parlons pas de la liberté factice de choisir la couleur de sa voiture ou de choisir la personne qui nous exploitera, mais plutôt d’une liberté où les aspirations individuelles et collectives seront au centre des préoccupations.

Nous sommes marxistes, féministes, internationalistes et écologistes.

Notre analyse du capitalisme s’inspire de la tradition marxiste. Nous croyons qu’il s’agit d’un système d’exploitation basé sur l’accumulation du capital entre les mains d’une classe d’exploiteurs aux dépens de la grande majorité – les travailleurs et les travailleuses – qui se retrouve dépossédée des moyens de production et forcée de vendre sa force de travail sur le « marché ».

C’est également le capitalisme qui est responsable des problèmes environnementaux et la résolution de ceux-ci doit passer par une économie qui remet en question les modèles productivistes et qui est orientée vers le bien-être des êtres humains et la préservation du précaire équilibre écologique de notre planète.

Notre analyse des rapports de genre est résolument féministe : nous croyons que le patriarcat est une structure d’oppression bien réelle dont l’existence ne dépend pas exclusivement du capitalisme. Une lutte spécifique contre ce système est nécessaire pour mettre fin à l’oppression que vivent les femmes. Nous voulons rompre avec la hiérarchisation des problèmes sociaux. Pour nous, le socialisme se construit avec tous et toutes, et ce, avant, pendant et après la révolution.

Nous adoptons les principes et les pratiques de l’internationalisme pour faire face aux guerres impérialistes, aux structures colonialistes et aux discriminations racistes. En ce sens, nous sommes solidaires des luttes progressistes à l’échelle planétaire et nous souhaitons bâtir des solidarités concrètes qui dépassent l’adhésion à une Internationale et qui puissent transcender les frontières nationales. Il va également de ce principe que nous combattrons le racisme et le colonialisme au sein des frontières québécoises.

Nous prônons la solidarité révolutionnaire et les débats constructifs

Nous n’avons pas la prétention de construire le parti révolutionnaire ni d’avoir la marche à suivre vers l’émancipation. Nous croyons que la révolution est un processus collectif et dialectique qui se construit à travers les luttes concrètes et des débats constructifs. Nous souhaitons travailler activement avec les autres groupes révolutionnaires progressistes et désirons contribuer humblement à l’émergence d’une nouvelle synthèse révolutionnaire.

Nous croyons que le changement social passe par les mobilisations massives

Nous ne croyons pas qu’une petite élite peut parvenir à imposer le socialisme – ou du moins le socialisme émancipateur que nous voulons. Nous croyons également que le parlementarisme est un terrain miné, forgé par la classe capitaliste pour maintenir une apparence de démocratie à son oppression. Seule une révolution basée sur une large partie de la population pourra engendrer un tel changement.

C’est en ce sens que sont orientées nos trois grandes stratégies.

Premièrement, nous souhaitons participer aux luttes populaires progressistes, même si leurs revendications sont réformistes. Nous sommes révolutionnaires, mais nous croyons également important d’améliorer immédiatement les conditions matérielles d’existence de la population. Le socialisme n’émergera pas de ces luttes sectorielles, ni même de la cumulation de leurs victoires, mais ce sont ces luttes qui permettront la radicalisation nécessaire à la prise de conscience révolutionnaire. Ce sont de telles luttes qui provoquent les crises qui révèlent les problèmes du système. Nous souhaitons donc aider à propulser ces mouvements, et en radicaliser les revendications et les pratiques. Nous ne parlons toutefois pas d’entrisme : nous nous impliquerons en affichant clairement et honnêtement notre agenda révolutionnaire.

Deuxièmement, nous souhaitons bâtir des infrastructures sur le long terme (médias, syndicats, associations, coopératives, etc.) qui contribueront à alimenter la contestation et qui acquerront de la puissance au fur et à mesure qu’une portion de la population se radicalisera. Notre objectif est de construire des institutions dont l’ancrage populaire permettra un basculement de ces organisations dans le camp de la révolution lorsque nous aurons convaincu une masse critique de gens.

Troisièmement, nous souhaitons construire et diffuser une culture socialiste révolutionnaire. Il s’agit ici de débattre du projet socialiste, d’en clarifier les contours, d’impliquer un nombre croissant de camarades dans le processus révolutionnaire, de diffuser des pratiques antagoniques avec le système et de tisser des liens de solidarité concrets au sein de tous les secteurs de la société.