Incessante cette lutte pour la préservation de nos services publics


Par Alain Robitaille

Postier

Le malade imaginaire

Pour arriver à retirer un service largement utilisé par les membres d’une société, il faut un bon motif ou encore un accès à des médias ainsi que des ami-e-s sur qui compter. C’est sur quoi jouissent actuellement les détracteurs et détractrices du système postal.

Première étape, la réalisation d’une étude comme base justificatrice de l’intervention future pour en arriver à la coupe recherchée du service. Comme la fin justifie les moyens, il y a de la place à toutes les bassesses pour faire dire à cette étude ce que l’on veut. Dans cette optique, il n’est donc pas étonnant de constater que le Conference Board du Canada, sur lequel siège comme membre du conseil d’administration le PDG de Postes Canda, fut sélectionné pour réaliser une étude « indépendante » sur les services postaux canadiens. La collusion au centre même de cette démarche n’est qu’un détail de l’indécence utilisée. En effet, l’étude en question observe l’année financière de 2012 où Postes Canada aurait accusé un déficit majeur à la hauteur de 250 millions de dollars. Pour rendre la situation plus critique encore, une projection est faite vers 2020 où ce criant déficit atteindra un milliard de dollars, gangrénant ainsi jusqu’à la moelle Postes Canada qui, dans ce contexte, porterait atteinte à l’économie canadienne. Dans les faits, le rapport financier de l’année 2012 de la Société canadienne des postes, qui était déjà public au moment de la sortie de l’étude du Conference Board, établissait non pas un déficit, mais plutôt un profit de 98 millions de dollars. Cette différence d’environ 350 millions faisait passer la situation financière de Postes Canada de passable à critique. Cette analyse issue d’une démarche pseudo-scientifique où l’on ne se contente plus de faire parler des chiffres à son avantage, mais où on les invente de toutes pièces.
Dans les faits, Postes Canada est une entreprise qui fait non seulement ses frais, mais réussi à dégager des profits qui, dans les 17 dernières années, lui ont permis de verser au gouvernement, en redevances, plus d’un milliard de dollars pouvant être utilisé à réduire le fardeau fiscal de la société canadienne. Bien qu’il soit intéressant, en tant que société, de nous demander si un service public doit absolument être rentable, cette question ne se pose pas pour Postes Canada étant donné que nous ne sommes pas à la solde du gouvernement et des contribuables comme tente de le faire croire l’étude du Conference Board.

Tirez la couverte de l’opinion publique

La haute gestion de Postes Canada ne s’arrêtera pas à une étude mensongère. Elle a fait tourner la nouvelle dans les médias pour ainsi teinter la population et la ramener à l’idéologie souhaitée. Les propriétaires de nos médias sont parties prenantes de la droite économique et ouvrent les portes à ce type de nouvelle tout en les fermant aux syndicats et aux organisations civiles et à leurs messages, les forçant à se débattre comme des diables dans l’eau bénite pour se faire entendre. Il est déjà difficile de rectifier un mensonge, dans un monde journalistique galvaudé, c’est encore plus difficile dans la société de nouvelles éclaires à 144 caractères. Ce contexte médiatique constitue une véritable passoire aux faussetés en transformant les médias en outil de désinformation de masse.

Le 11 décembre dernier, Postes Canada a largement fait les manchettes avec son annonce d’un plan de coupure en cinq points visant, entre autres, dans les cinq prochaines années l’arrêt de la livraison à domicile dans les milieux urbains et la hausse drastique du prix du timbre; le faisant passer le timbre acheté à l’unité de 63 cents à un dollar. Pour rajouter l’injure à l’insulte, on nous fait croire que l’arrêt de la livraison par porte-à-porte ne touchera que le tiers de la population (pour Postes Canada la livraison dans un bloc appartement et la livraison dans une boite à piquet en zone rurale n’est pas de la livraison chez le client) alors qu’en réalité c’est plutôt les deux tiers de la population qui perdront leurs services à domicile. Nos bons médias ont été à ce moment la courroie de transmission de Postes Canada pour exercer ces changements en transmettant, les yeux fermés, les bases de l’argumentaire mensonger de celui-ci.

Postes Canada, gouvernement conservateur… même combat

Tenons-nous le pour dit, la décision de Postes Canada de couper dans les services est non seulement endossée par le gouvernement fédéral, mais bénéficie de leur appui indéfectible et est orchestrée de toutes pièces par ce dernier. Nous connaissons bien la position des conservateurs lorsqu’il est temps de se pencher sur l’importance de nos services publics. Ceux-ci sont obnubilés par une vision idéologique inaliénable et une pensée magique selon laquelle les problèmes se résorberont d’eux-mêmes et que la population oubliera tout cela rapidement.

Il en va de même avec l’arrêt de la livraison à domicile. Les instigateurs et instigatrices de ce changement ont eu peu de considération pour les impacts que cela représente pour la population vieillissante et les personnes atteintes de limitations fonctionnelles qui, suite à des tempêtes hivernales ou lors des canicules estivales, seront dans l’impossibilité de se rendre à une boite postale communautaire. Que dire des 4800 constats d’infraction qui furent logés en Colombie-Britannique sur ces mêmes boites pour des vols et du vandalisme en tout genre. Les Villes et les Municipalités sont aussi fort concernées par les impacts financiers, légaux et environnementaux desquels Postes Canada n’a pas encore de réponse.

Une porte de sortie possible

Les changements mis de l’avant par la Société canadienne des postes découlent de la baisse de l’utilisation du service Poste-lettres ce qui est en lien direct avec l’avènement d’Internet et de la facturation en ligne. Le problème majeur des changements apportés au système postal réside dans le fait qu’ils ne règlent en rien la baisse du service Poste-lettres. Au contraire, ils remettent à plus tard l’enjeu pavant ainsi la voie aux compagnies privées lorsque la société de la couronne ne sera plus rentable.

C’est en regardant d’autres systèmes postaux à travers le monde que nous avons été en mesure de trouver des solutions valables pour sauvegarder notre service public. Que l’on pense à la France, la Suisse, le Brésil et Allemagne pour ne nommer que ceux-ci, tous ont opté pour un élargissement de leurs activités vers des services bancaires et financiers. Une banque postale oui, mais pas une banque comme les autres! Ces nouvelles banques se démarquent, parfois dans des marchés saturés comme celui de la Suisse, par une vocation sociale leur permettant d’ouvrir leurs portes aux gens qui se butent à celles des banques traditionnelles. Caractérisées par des frais de services moindres, ces banques facilitent l’accès aux résidences et investissent davantage dans l’économie locale. Cela constitue un exemple concret par lequel nous pourrions assurer la continuité des services postaux en plus de jouer un rôle social majeur à travers des services bancaires et financiers dont la première vocation ne serait pas de saigner à blanc ses clients.

C’est par ce survol sommaire des choix d’entreprise que Postes Canada et le gouvernement conservateur ont mis de l’avant le 11 décembre dernier, la collusion entre les différents acteurs et actrices de ce saccage, les mensonges éhontés et le déni de vouloir contempler de réelles solutions que nous pouvons croire que nous sommes face à un vol en bonne et due forme de notre service postal. Pourtant, la résistance s’organise et rassemble une grande majorité de la population canadienne, des organismes syndicaux et des groupes sociaux. Malgré que nous soyons devant un gouvernement intransigeant qui ne fait pas marche arrière, il est clair que ses choix ne font pas l’unanimité. Sa façon de couper dans un service qui ne lui appartient pas, le fait qu’il ne s’est pas fait élire sur une promesse de réformer Postes Canada en plus de ne pas en avoir fait mention dans leur récent discours du trône et d’avoir attendu la fermeture parlementaire du temps des fêtes pour en faire l’annonce, fait grincer des dents de plusieurs. Ajoutons à cela qu’aucune réelle consultation n’a été réalisée par la Société canadienne des postes pour sonder la population et l’exercice consultatif qu’est l’examen stratégique des postes, prévu pour 2014, a été balayé du revers de la main, alors nous avons un excellent cocktail pour les prochaines élections fédérales.

Fort de votre soutien et de notre force de combattre, nous nous battrons jusqu’au bout pour faire reculer les conservateurs sur leur décision et nous n’hésiterons pas à tout mettre en œuvre pour en faire un enjeu électoral en nous donnant une raison de plus de mettre l’équipe de Stephen Harper sur l’assurance emploi.