Nous sommes socialistes

Nous croyons que le plus gros du travail pour définir la démarche révolutionnaire reste à faire. Et d’ici à ce que de nouvelles idées émergent au fil de nos luttes, le terme socialisme nous semble le plus rassembleur et le plus clair.

Par les membres du FAS

Lorsque vient le temps de définir notre posture politique par un seul mot, toute personne et toute organisation se butent à la difficile tâche de choisir le bon terme. L’étiquette que nous avons choisie est celle de «socialiste».

Il faut d’abord convenir qu’il n’y pas de choix de terme simple et sans équivoque lorsque vient le temps de se définir en tant que révolutionnaire. Le communisme réfère autant aux utopies du mouvement ouvrier de la fin du 19e siècle qu’à la dictature stalinienne en URSS. L’anarchisme se définit autant comme une utopie temporaire vécue dans des communes en retrait, que comme un lifestyle apolitique parfois qualifié de juvénile ou encore comme un mode d’organisation du syndicalisme révolutionnaire ayant mobilisé des milliers de personnes contre les troupes franquistes. Quant au terme socialisme, il porte autant en lui l’histoire de la commune de Paris que celle de partis réformistes comme le Parti socialiste français. Il est impossible de choisir une de ces étiquettes sans porter le fardeau de son histoire, mais il nous apparaît encore plus fortuit d’inventer de nouveaux termes et de prétendre que nous inventons une nouvelle synthèse.

Nous croyons que le plus gros du travail pour définir la démarche révolutionnaire reste à faire. Et d’ici à ce que de nouvelles idées émergent au fil de nos luttes, le terme socialisme nous semble le plus rassembleur et le plus clair. C’est ce terme qui unissait les différentes tendances révolutionnaires au cours du 19e siècle. Et contrairement aux termes anti‑capitaliste ou an-archie, c’est un terme qui ne se définit pas seulement en opposition au système. Le socialisme est porteur d’un projet positif, d’une alternative sociale aux structures profondément inhumaines du capitalisme. Qui plus est, c’est également un terme peu utilisé au Québec et cela nous donne l’opportunité de le définir collectivement.

Tout au long de la complexe démarche menant au choix d’un qualificatif politique, nous avons toujours gardé en tête cette conviction : ce n’est pas l’étiquette qui induira avec rigidité notre manière de penser et d’agir. Ce sont plutôt nos pratiques, nos expériences et nos débats et discussions qui nous définiront en tant que groupe politique.

Déjà, la Déclaration commune du Front d’action socialiste annonce les contours de ce que nous entendons par « socialisme ». On y retrouve certaines notions historiques du projet socialiste, comme la socialisation des moyens de production. Certaines tendances socialistes passées parlaient de « nationalisation » ou d’« étatisation » : dans tous les cas le principe est similaire – la solution prônée pour mettre fin à l’exploitation capitaliste est de reprendre collectivement le contrôle des entreprises privées pour que les moyens de production répondent aux besoins de la population plutôt qu’aux besoins des plus riches. Si nous avons choisi le terme plus large de « socialisation », c’est que nous sommes en accord avec l’idée générale de cette démarche. Toutefois, nous croyons qu’il est trop tôt pour trancher clairement par quels moyens la collectivisation des moyens de production devra se faire. Ce type de débat devra être effectué en fonction d’une conjoncture politique future et n’a pratiquement aucune incidence sur les actions à mener immédiatement.

Nous croyons qu’en tant que projet collectif émancipateur, le socialisme doit se définir plus largement que par la « socialisation de la production ». Contrairement à l’orthodoxie marxiste qui définit le socialisme comme un « mode de production » alternatif au capitalisme, nous souhaitons définir le socialisme comme un projet social qui s’oppose également au patriarcat, au racisme et à l’impérialisme. Il n’est pas question de nier les spécificités des luttes nécessaires pour abolir ces différents systèmes d’oppression, mais plutôt d’affirmer la nécessité d’une alliance de ces luttes pour parvenir à une réelle émancipation sociale.

En tant que projet positif, nous souhaitons également définir le socialisme à partir des principes de démocratie, d’égalité et de liberté. C’est à partir de ces grands principes que se définit le socle commun de notre opposition aux différentes structures d’oppressions, et c’est également à partir de ce socle que nous pouvons travailler à mettre sur pied l’alternative révolutionnaire.

Pour ces raisons, nous ne nous réclamerons pas de l’une des nombreuses étiquettes qui ont fait office de nuances dans le spectre du rouge socialiste et communiste – que ce soit le marxisme-léninisme, le maoïsme ou encore le trotskisme. Ces termes, comme nous l’avons déjà mentionné, s’ancrent trop sur des divisions historiques qui n’éclairent malheureusement pas la marche à suivre aujourd’hui. Ils portent également en eux des analyses et des pratiques que nous ne souhaitons pas adopter. Par exemple, bien que nous prônions l’organisation des révolutionnaires, nous rejetons le fétichisme du Parti unique prolétarien des marxistes-léninistes. Cela ne veut pas dire que les écrits de révolutionnaires comme ceux de Lénine ou de Trotski n’ont rien à nous apprendre, ni que nous devons reléguer aux oubliettes l’expérience historique de groupes comme En lutte! ou le Parti communiste ouvrier. Simplement, notre socialisme se définit comme un projet collectif contemporain, et non comme la reproduction d’une caricature du passé.