Parce qu’on travaille encore!

Présentation du groupe de travail sur le travail

« Le travail lui-même est nuisible et funeste non seulement dans les conditions présentes, mais en général, dans la mesure où son but est le simple accroissement de la richesse. »

– Karl Marx dans les Manuscrits de 1844

Les penseurs économiques de l’industrialisation prévoyaient une montée technologique qui aurait pour effet d’augmenter à un tel point l’efficacité et la productivité que nous, les travailleurs et travailleuses du 21ième siècle, aurions la chance de vivre dans une société du loisir, exempt de travail, d’exploitation et de discrimination. Force est de constater qu’ils avaient tort. Même si effectivement la transformation culturelle qui s’opère entre le capitalisme bourgeois et le capitalisme avancé permet une accumulation phénoménale de capital, les travailleuses et les travailleurs en restent complètement dépossédé-e-s. Avec la division internationale du travail, la surconsommation et l’impact à long terme du libéralisme sur les relations de travail, nous nous retrouvons encore aujourd’hui avec de nombreuses luttes à mener.

Les luttes à mener

Ces luttes prennent plusieurs formes. Au Québec, les travailleurs et les travailleuses sont attaqué-e-s de toutes parts. L’État fédéral érige des projets de loi antisyndicaux et s’en prend notamment à la formule Rand. Certaines corporations ferment leurs portes et délocalisent leurs entreprises, comme Electrolux qui annonçait en 2010 l’éventuelle perte de 1300 emplois à l’Assomption. Lors de conflits de travail entre l’État provincial et les salarié-e-s de la fonction publique, le gouvernement règle la question à coup de lois spéciales qui les empêchent d’user de leur droit de grève légalement.

Ainsi, en 2014, nous vivons toujours dans un monde régit par un système marqué par l’exploitation et le travail aliénant et nous en subissons les conséquences : dépressions, épuisements, accidents de travail, etc. Il est donc temps de penser autrement et de réaliser que ce n’est que par une réappropriation des moyens de production que nous pourrons accéder à cette société libre. En attendant, il nous reste énormément de progrès à réaliser afin de faire respecter nos droits, d’améliorer nos conditions matérielles de vie, et surtout afin de briser la relation d’exploitation qui nous lie à nos milieux de travail. C’est dans cette perspective que le Front d’Action Socialiste s’est doté d’un Groupe de travail sur le travail (GTT).

Le Groupe de travail sur le travail et ses projets

Le GTT s’intéresse aux relations entre les travailleurs et travailleuses et le capital dans le salariat. Le milieu de travail est primordial dans le cadre de nos activités puisque nous y passons près de 70% de notre temps actif et qu’il est empreint de relations politiques. Le groupe se penche donc activement sur deux projets à court terme, soit la mise sur pied d’un réseau durable de travailleuses et travailleurs du nom d’Offensive Syndicale et la production d’outils d’information qui nous seront utiles sur nos milieux de travail. Ces projets sont nés du constat d’une défaillance démocratique et d’un manque de combativité dans les milieux syndicaux, ce qui ne permet pas une réelle remise en question de notre rapport au travail. Les mouvements de mobilisation de masse sont nécessaires à l’apprentissage révolutionnaire, d’où la nécessité de se réapproprier nos organisations de travail.

Offensive Syndicale est un réseau de militant-e-s que le GTT a contribué à mettre sur pied en collaboration avec d’autres groupes syndicalistes et progressistes. Il se veut un espace d’échange entre des travailleurs, des travailleuses, des syndicalistes engagé-e-s et d’autres gens intéressés à valoriser des pratiques syndicales combatives et démocratiques. Le réseau propose des conférences critiques sur différents enjeux reliés au syndicalisme actuel dans le but de favoriser un débat à l’interne et de se doter de solutions viables. Nous croyons que c’est à travers un réseautage intersyndical que nous pourrons lutter efficacement contre le corporatisme ambiant et contre le cynisme qui existe au sein du mouvement syndical. Éventuellement, ces rencontres pourraient déboucher sur des campagnes de mobilisation concertées.

La création d’outils d’information vise quant à elle l’élaboration de moyens conceptuels et pratiques permettant aux travailleurs et aux travailleuses de se défendre contre les assauts du capitalisme, du patriarcat et du racisme. Ce matériel d’information couvre différents enjeux, notamment le syndicalisme de combat, la démocratie directe, le féminisme sur les lieux de travail, les droits des travailleurs et travailleuses, ainsi que les moyens de mobilisation à employer pour faire respecter nos droits et nos acquis.

Un milieu de travail socialiste

Finalement, n’oublions pas qu’il ne suffit pas de se complaire dans ce que le système capitaliste nous a permis d’obtenir comme droits ou conditions de travail. Ces gains ne nous ont pas été offerts, nous les avons acquis, ce sont les fruits de luttes ouvrières et populaires féroces. Face aux patrons, dans l’arène juridique, le mouvement syndical est perdant. Nous ne possédons ni les outils, ni les moyens, ni le support que possèdent ceux-ci. Nous sommes seul-e-s contre une alliance entre l’état et le patronat et c’est pourquoi nous devons prendre les moyens qui nous sont propres pour défendre nos acquis et faire de nouveaux gains.

Bref, le Groupe de travail s’est doté d’un mandat important, soit de démocratiser et dynamiser les milieux de travail et ce ne sont pas les projets qui manquent. Nous travaillerons étape par étape et nous prendrons les victoires que nous pourrons sans perdre de vue nos objectifs à long terme. Car la finalité du groupe reste claire : une réappropriation des moyens de production dans le cadre d’une économie socialiste, exempt de rapport de domination et une remise en question fondamentale de notre rapport à la production, au travail, à l’exploitation et à l’emploi. Cette finalité ne sera possible que d’une seule manière : par la révolution. Et pour cela, le GTT pavera la voie progressivement avec chacun de ses projets.

La prochaine réunion d’Offensive syndicale aura lieu le 14 mai au Centre St-Pierre (1212 rue Panet, Montréal)

Les objectifs du GTT :

  • Prendre contact avec les divers organismes de représentation ouvrière (syndicat, groupes de chômeurs et chômeuses, groupes d’employé-es non syndiqués, collectifs pour la solidarité ouvrière, etc.) ainsi que de créer des réseaux durables et proactifs ;
  • Développer une solidarité ouvrière qui va au-delà des intérêts corporatifs de métier et syndicaux ;
  • Développer un discours critique des méthodes de production et de gestion des ressources dans une perspective d’émancipation socialiste;
  • Développer une analyse permettant d’articuler les objectifs à court terme du syndicalisme de combat (victoires syndicales sur un milieu de travail) et les objectifs à long terme de la lutte révolutionnaire (renversement du système capitaliste);
  • Informer et éduquer les travailleurs et travailleuses sur leurs droits ;
  • Lutter contre l’exploitation ouvrière à l’international et au local, les effets de la mondialisation sur le monde du travail, la compétition créée par les corporations entre les travailleuses et les travailleurs du monde entier ;
  • Favoriser un milieu de travail féministe, antiraciste et libre de toute autre discrimination;
  • Questionner la relation des sociétés occidentales avec le chômage et le travail informel.
  • Développer la réflexion et le débat sur la socialisation/collectivisation et la démocratisation des moyens de production dans une perspective socialiste.