S’organiser autour de projets concrets

Doit-on prioriser les luttes à court terme ou doit-on travailler directement sur le processus révolutionnaire, même si la perspective du « grand soir » est lointaine?

Par les membres du FAS

Présentation des activités de l’organisation

Toutes les organisations révolutionnaires font face au même dilemme : doit-on prioriser les luttes à court terme pour améliorer les conditions de vie immédiates des gens ou doit-on travailler directement sur le processus révolutionnaire, même si la perspective du « grand soir » est lointaine? À peu près toutes les approches révolutionnaires reconnaissent que l’un ne va pas sans l’autre. Sans perspective révolutionnaire, les luttes immédiates sont condamnées au réformisme, et sans lutte immédiate, la perspective révolutionnaire devient un horizon complètement déconnecté de la réalité. Le problème, c’est de trouver une façon d’articuler adéquatement ces deux pôles et d’éviter qu’ils se contredisent. Les accusations d’entrisme, d’opportunisme, de réformisme déguisé, d’idéalisme révolutionnaire et de gauchisme correspondent généralement à des conflits sur cette question précise.

Le Front d’action socialiste ne prétend pas détenir la solution ultime à ce problème, mais nous avons choisi d’expérimenter une avenue qui nous semble prometteuse. À défaut d’un meilleur terme, nous l’avons surnommé « l’approche par projet ».

Qu’est-ce que l’approche par projet?

L’idée générale de cette approche, c’est de réfléchir l’action révolutionnaire en fonction de projets qui peuvent non seulement être réalisés immédiatement, mais qui s’inscrivent également dans une stratégie à long terme pouvant déboucher sur une perspective révolutionnaire. Chaque projet ne porte pas en lui seul le potentiel de transformer la société. Toutefois, les projets qui doivent être priorisés sont ceux permettant de bâtir des outils utiles sur le long terme ou de transformer les conditions sociales afin que le camp révolutionnaire puisse progresser.

L’exemple de l’ASSÉ

Que cela ait été le choix concerté d’organisations révolutionnaires ou non, un grand nombre de communistes, de socialistes et d’anarchistes se sont impliqué-es à l’ASSÉ depuis sa fondation. On peut dire que la construction d’une association étudiante nationale pratiquant le syndicalisme de combat constituait un projet partagé par plusieurs perspectives révolutionnaires. Cette réalisation a transformé favorablement la conjoncture politique sur deux pans.

Premièrement, comme l’ont démontré les grèves étudiantes de 2005 et de 2012, la présence d’une organisation étudiante de masse pratiquant le syndicalisme de combat a permis d’établir rapport de force considérable face aux élites économiques et politiques. Les victoires n’ont pas été complètes, mais elles ont été considérables, surtout lorsqu’on met en perspective les résultats de ces luttes avec les défaites observables un peu partout dans le monde depuis le début de la crise économique.

Deuxièmement, les pratiques combatives et démocratiques des associations étudiantes ont permis de transformer la conscience de ceux et celles qui ont participé aux mouvements de grèves. Plusieurs ont constaté par la pratique la force que pouvait avoir une mobilisation populaire face aux élites. La résistance de l’État, la confrontation avec les forces policières et la propagande éhontée des médias ont également permis à un grand nombre de prendre conscience des antagonismes de classe. Finalement, la pratique de la démocratie directe a permis à plusieurs de se familiariser avec une conception alternative du politique, portant en elle les germes d’une nouvelle société.

En somme, on peut dire que l’ASSÉ est graduellement devenu un outil puissant permettant à une couche de la population de s’imposer face aux élites, et à travers les luttes qu’elle mène, l’ASSÉ a permis la radicalisation d’un grand nombre personnes. La pratique du syndicalisme de combat s’est révélée souvent plus efficace sur cette question que nombreux efforts de propagande révolutionnaire.

Projets et stratégie

Bien sûr, l’ASSÉ en elle-même n’est pas une organisation révolutionnaire. Et c’est bien là qu’il est important de faire la distinction entre le rôle de l’organisation révolutionnaire et celui des projets mis de l’avant par celle-ci. Le Front d’action socialiste se veut un lieu commun où des socialistes œuvrant à de multiples projets partagent leurs expériences, analysent la conjoncture générale et établissent collectivement les priorités de travail. Ce type d’organisation est primordial à la croissance du camp socialiste : il est nécessaire que ceux et celles qui ont été radicalisé-es par les luttes ne soient pas isolé-es de la pratique révolutionnaire par l’inertie d’une société atomisée où chacun se cloître dans son unité familiale et son travail. Il est également nécessaire d’avoir un espace commun où les révolutionnaires peuvent discuter de stratégie à court et à long terme. Le Front d’action socialiste est et sera toujours révolutionnaire. Les projets en eux-mêmes n’ont toutefois pas besoin de porter le sceau de la révolution sur chacune de leurs facettes pour être pertinents. L’important sera toujours d’évaluer un projet en fonction de la conjoncture et de ses retombées à long terme pour l’établissement du socialisme.

Dans le cadre d’un processus de transformation global de la société, il est évident que le socialisme ne pourra pas s’établir par la simple accumulation de « projets ». Lorsque les conditions propices à l’implantation du socialisme se dessineront, alors il sera nécessaire que le camp révolutionnaire se concerte en vue d’une stratégie globale. Ce qui doit être fait à l’heure actuelle, c’est de transformer la conjoncture sociale pour que nous puissions arriver un jour à cette étape. Ce qui doit être fait à l’heure actuelle, c’est de repenser le socialisme et la révolution à partir de la connaissance produite par les luttes contemporaines. Cela exige de repenser l’ensemble de nos rapports et de nos médiations au monde. S’il nous faut penser nos actions, ces dernières ne pourront pas s’enfermer dans des débats de doctrines, mais bien dans une praxis quotidienne. Nous devons penser, agir, puis garder notre esprit critique devant chaque erreur ou réussite pour parfaire et garder en mouvement la progression de nos luttes.

C’est ainsi qu’il est possible de développer une pratique qui, dans sa quotidienneté, vise le renversement des systèmes d’oppression que sont le capitalisme, le racisme et le patriarcat. Cela ne cautionne pas la lecture naïve du petit geste qui compte, mais réintroduit plutôt l’importance révolutionnaire des initiatives localisées qui s’inscrivent dans une stratégie plus large malgré leurs impacts a priori limités. De plus, cela permet de dépasser la pensée de la mise en réseau et d’établir une véritable mise en commun de nos stratégies. Au final, l’approche par projet renforce non seulement le camp socialiste, mais elle permet également le dépassement de la réactivité, le dépassement de l’attentisme qui ne mène qu’à reculer. Par la mise en commun, il sera possible de mettre sur pied des projets offensifs dont l’agenda politique ne sera pas contrôlé par la classe dominante.

Les projets du Front d’action socialiste

Pour toutes ces raisons, le FAS s’est doté d’une structure flexible qui permet l’émergence de nouveaux projets au fur et à mesure que l’organisation croîtra. Les projets en cours ne sont donc pas les seules priorités de l’organisation, ce sont ceux sur lesquels les membres actuels ont choisi de concentrer leurs énergies. Trois groupes de travail existent présentement au sein du FAS, chacun travaillant autour d’un axe différent :

– Le travail salarié, le monde syndical et la transformation du rapport capital-travail.
– La vie urbaine, les milieux de vie et les luttes locales.
– Les médias et la lutte contre l’hégémonie culturelle.

Pour en savoir plus sur les perspectives développées par chacun de trois groupes de travail actuellement en activité, trois textes ont été produits expliquant les projets à court et à long terme sur lesquels ces groupes travaillent.