Vers la ville socialiste!


Présentation du groupe de travail pour les milieux de vie

La ville traditionnelle a été tuée par l’essor du capitalisme ; elle a été victime du besoin interminable d’écoulement de la suraccumulation du capital qui a conduit à une croissance urbaine infinie et tentaculaire indifférente aux conséquences sociales, environnementales ou politiques qu’elle engendre.

– David Harvey dans Le capitalisme contre le droit à la ville

Les deux tiers des Montréalais-e-s sont locataires1. Entre 2000 et 2010, le prix d’un logement de quatre pièces a augmenté de 31% à Montréal. Pour la même période, la hausse du prix des loyers a dépassé de loin l’augmentation des revenus des occupant-e-s, qui elle est de 19%2. La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec inc. (CORPIQ) s’arrache pourtant les cheveux sur toutes les tribunes cette année. Une hausse de 1% du taux d’inoccupation (de 1,8% à 2,8% en 2013)3 lui fait craindre le pire. Elle dénonce la compétition déloyale des institutions publiques, elle presse les gouvernements fédéral et provincial de cesser immédiatement la construction d’habitations à loyer modique (HLM). Les propriétaires sont «lésés par une concurrence déloyale tant que le gouvernement octroiera des fonds pour construire de nouveaux HLM»4 Rappelons à la CORPIQ qu’elle a déjà été exaucée, le gouvernement fédéral n’a pas financé la construction d’habitations à loyer modique… depuis 1994.

Ce taux d’inoccupation à la hausse a peut-être davantage à voir avec les très nombreuses mises en chantier de condos sur le territoire plutôt qu’avec la féroce compétition des HLM. Malgré le revenu médian des Montréalais-e-s situé entre 30 000 et 35 000$, nombreux promoteurs s’acharnent à construire et à vendre des condos trop petits et souvent luxueux, ne répondant pas aux besoins réels d’une majorité de la population. En preuve, du 1er janvier 2010 au 31 octobre 2013, dix fois plus de condos ont été mis en chantier sur l’île que de logements locatifs. Important secteur en tête de liste de ces hausses: Hochelaga-Maisonneuve.5

L’espace comme marchandise

Si ce n’est pas aux besoins des habitant-e-s de la ville que répondent ces promoteurs immobiliers, aux besoins de qui répondent-ils? À ceux d’un marché immobilier spéculatif reposant notamment sur l’assouplissement des règles qui régissent l’occupation des sols. Ces politiques permettent aux utilisateurs haut de gamme de se porter acquéreurs des terrains à plus forte valeur ou d’acheter des espaces dont la valeur future est sujette à spéculation.

D’où provient cette valeur? Elle est le fruit de la transformation de la valeur d’usage des différentes composantes d’un milieu (parcs, infrastructures de transports, points de services, commerces de quartier, vie culturelle, etc.) en valeur d’échange. Le lot lui-même et l’habitation qui s’y retrouve ne sont donc pas les seules marchandises en jeu. L’environnement, le milieu de vie lui-même devient lui aussi une marchandise. Des promoteurs fortunés, encouragés par les institutions au nom de la croissance, s’approprient une richesse construite collectivement en collectant une plus-value basée sur la localisation et la vente d’un style de vie. La vie urbaine est certes porteuse d’une qualité de vie au potentiel indéniable : réduction du temps de transport, accès à de nombreux services, foisonnements culturel et communautaire. Toutefois, la vie urbaine qui s’échafaude présentement via l’urbanisme des promoteurs privés, ne vend non pas un habitat axé sur l’échange et la réponse aux besoins collectifs, mais plutôt un mode de vie répondant à des besoins consuméristes individuels. Le bonheur, c’est d’être près de tout, sans vivre la proximité réellement. C’est l’accès à la consommation, bien isolé dans le confort de son cocon. Les milieux de vie sont les terrains concrets de luttes de classes, où les plus fortunés colonisent de plus en plus d’espace collectif pour leurs propres bénéfices.

Favoriser la réappropriation de l’espace par ses habitant-e-s : un projet ambitieux du Groupe de travail pour les milieux de vie
Si vous êtes préoccupé-e-s devant ces constats et devant les conséquences qui en découlent (gentrification, précarisation, périls environnementaux, etc.) le groupe de travail sur les milieux de vie du FAS a besoin de vous. Le groupe s’est donné pour mandat de bâtir et de diffuser un discours critique sur les enjeux reliés à l’urbain.

La question du logement étant centrale dans la lutte à la précarité, le comité produit présentement un ABC portant sur l’enjeu majeur de la gentrification. L’objectif de cet ABC est de définir ce qu’on entend concrètement par gentrification en vue d’encourager la mobilisation en proposant des pistes d’actions (coopératives, mobilisation du milieu en vue de bloquer certains projets nuisibles, etc.) Personne n’est contre un investissement de temps et de ressources afin d’améliorer les conditions matérielles d’une population. Il faut toutefois réfléchir collectivement aux impacts de cette revitalisation.

En plus d’expliciter et de critiquer le développement capitaliste de la ville, nous devons impérativement nous demander : Quelle ville voulons-nous? Nous travaillons donc à l’élaboration d’un Plan pour une ville socialiste. Nous exigeons notamment la planification d’un parc locatif en fonction des besoins réels des habitant-e-s et non en fonction de ceux du marché. Il est impératif de mettre en place des mesures pour empêcher la spéculation foncière. Nous devons également réfléchir collectivement à ce que nous désirons en ce qui a trait à l’ensemble des éléments composant la vie quotidienne urbaine et sur les moyens à prendre pour y parvenir: transport, alimentation, emploi, culture, organisation politique, etc. Pour ce faire, nous travaillons présentement à l’élaboration de portraits de quartiers pour mieux circonscrire les enjeux propres aux milieux où nous vivons. Beaucoup de comités et d’organismes travaillant à l’amélioration des conditions de vie des habitant-e-s de nos quartiers sont débordés par la prestation de services prioritaires. Nous aimerions travailler au développement de partenariats afin de mettre au cœur de nos priorités communes la lutte contre la capitalisation de l’espace.

Le géographe David Harvey dans Le capitalisme contre le droit à la ville propose une tâche politique aux occupant-e-s des villes de toutes tailles : celle d’imaginer et de reconstituer des milieux de vie loin du chaos créé par un capital effréné, nuisible à une majorité et engendrant un avenir incertain. Cela ne pourra se faire, insiste-t-il, sans la création et l’organisation d’un mouvement anticapitaliste se consacrant à la transformation de la vie quotidienne urbaine.
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1. http://popir.org/category/mobilisation/lutte-contre-la-gentrification/
2. http://www.frapru.qc.ca/augmentations-de-loyer-pour-2014-les-loyers-sont-deja-trop-chers-affirme-le-frapru/#more-950
3. http://www4.hrsdc.gc.ca/.3ndic.1t.4r@-fra.jsp?iid=43#M_3
4. http://www.apq.org/des-chiffres-qui-ne-rassurent-pas-les-propriétaires-dimmeubles-selon-le-rapport-locatif-de-lautomne-2013-de-la-schl.aspx
5. http://popir.org/que-font-les-elu-e-s-contre-la-gentrification-des-quartiers-centraux/