Éditorial du temps des fêtes

Par le Groupe de travail culture & média

Alors que certain-e-s à bout de souffle finalisent les derniers préparatifs pour recevoir ami-e-s et familles, profitent des quelques congés qui leur sont consentis pour recharger leurs «batteries», donnent généreusement aux diverses guignolées pour que tous et toutes aient de quoi se réjouir en ces temps de froidure, d’autres voient leurs dettes s’accumuler, leur temps de travail augmenter ou constatent leur incapacité à démontrer leur reconnaissance à leurs proches en regard des attentes consuméristes qui nous sont imposées. Il ne fait aucun doute que le temps des fêtes est rempli de contradictions qui, si on s’y attarde un peu, révèlent les dynamiques inégalitaires profondément ancrées dans notre société.

Or, ce temps des fêtes nous apparaît dans l’état actuel vidé de sens, à la merci d’une classe qui nous fait miroiter des images déformées de nous-mêmes pour mieux nous faire croire en un bonheur formel. Il nous apparaît très clairement que ce moment culturel a été détourné au profit de cette classe, et qu’il nous faut lui redonner un sens commun. Les fêtes avec tout ce qu’elles impliquent : le partage, la préparation de la nourriture, les rencontres, sont importantes pour tisser des liens au sein d’une communauté. C’est pourquoi il faut se réapproprier de telles traditions, afin de les réorienter vers leur destination initiale : édifier une communauté exempte de tous rapports inégalitaires. C’est en ce sens que nous avons décidé, au groupe de travail culture & média du Front d’Action Socialiste, de produire cette revue thématique, afin de réfléchir sur les rapports sociaux problématiques qui se nouent pendant cette période et de dégager des pistes de solution pour un monde socialiste.

Le premier article se penche sur les centres d’achat, espaces centraux pour faire ses emplettes de Noël, pour en aboutir à une réflexion sur l’aménagement du territoire en fonction des intérêts de la classe capitaliste. Notre environnement spatial est en effet fortement structuré par nos rapports sociaux et il s’avère qu’il répond fort peu à nos besoins communs.

Dans le deuxième article seront analysés les comportements de dons et d’entraide entourant les paniers de Noël. Les guignolées qui prennent place en prévision de cette période font émerger une générosité dans la population. Cette générosité s’accorde pourtant mal avec la vision répandue selon laquelle les plus démuni-e-s sont imputables de leur sort, vision souvent utilisée par le gouvernement pour couper dans l’assistance sociale et l’aide au chômage.

Le troisième article nous amène dans l’antre de la production des cadeaux de Noël : non, l’atelier de jouets ne se trouve pas au pôle Nord, mais bien dans les pays du Sud, marqués par des rapports coloniaux et racistes. Les cadeaux que nous offrons coûtent à d’autres bien plus que la sueur de leur front.

Notre rapport au temps sera le coeur notre quatrième article. Il apparait étrange de prime abord de penser que nous percevons le temps différemment sous le capitalisme, mais le simple fait que nous travaillions le même nombre d’heures peu importe les saisons, ce qui implique que nous ne voyons pratiquement jamais la lumière pendant l’hiver, devrait nous sonner quelques cloches. De plus, l’épuisement que nous cherchons à surmonter durant les vacances devrait également nous questionner sur le temps libre nécessaire pour s’émanciper pleinement. Le cinquième article cerne bien la dynamique de l’endettement à laquelle nous sommes soumis-e-s pour reproduire notre mode de vie. Alors que la reconnaissance sociale s’opère de plus en plus sous le joug de la consommation, nous l’observons avec la course aux cadeaux, nous ne pouvons qu’en conclure que la dette nous met au travail. Finalement, notre revue se conclue par un appel à la grève générale par le Syndicat International des fées (SIF). Il s’avère en effet que certaines tâches incombent systématiquement aux femmes pendant le temps des fêtes, de la préparation des repas à l’emballage de cadeaux. Ce texte se veut donc une réflexion sur les rapports inégalitaires entre les sexes qui se manifestent à l’aube des festivités.

Nous espérons sincèrement que ces textes pourront faire cheminer quelques réflexions quant à notre monde actuel et vous convaincre de la nécessité du socialisme pour que chacun et chacune puisse s’émanciper sans que la production de leur vie ne soit soumise au contrôle d’autrui.

Si vous souhaitez participer à ce mouvement, voici quelques résolutions que vous pourriez adopter cette année : 1) Mobilisons-nous sur nos lieux de travail pour dénoncer les injustices qu’on nous inflige; 2) Participons massivement à la mobilisation contre l’austérité; 3) Défendons nos services publics face à leur privatisation et à leur marchandisation imminente; 4) Écoutons les femmes qui dénoncent la violence sexuelle qu’elles ont subi sans remettre en question leur parole; 5) Intervenons dans nos rencontres familiales ou amicales lorsque des blagues et des commentaires sexistes ou racistes surviennent; 6) Prenons la parole contre l’apartheid palestinien, la violence faite envers les autochtones et le viol comme arme de guerre; 7) Bloquons le projet d’oléoduc d’Energy East; 8) Soyons solidaires les un-e-s des autres dans la lutte contre ce qui nous opprime; 9) Prenons conscience que ce n’est pas qu’à Ferguson que des policiers tirent impunément sur des personnes noires; 10) Parlons de ce qui est croche, laid, et douloureux dans ce monde et de ce que nous voulons en lieu et place de celui-ci et fêtons ce nouveau monde qui «ne pourra pas toujours ne pas arriver».

Joyeux temps des fêtes socialistes,

Le Groupe de travail culture & média